BILLET [4] J’AI FOIRÉ LE MOMENT OÙ IL FALLAIT COMPOSTER

            Aujourd’hui, avant d’aller commander un café, je me baladais au milieu des rues messines et pavées. J’y ai vu un sdf et une factrice. Le premier a posé sa bière puis a demandé à la seconde si elle avait du courrier pour lui. J’ai souri. Dans le Siné Mensuel de janvier,  Micaël publie un croquis où une vieille bourgeoise, peut-être septuagénaire, adresse la parole à un clodo pour lui dire qu’il est assis sur le mètre carré le plus cher d’Europe. Continuer la lecture

BILLET [3] J’AI FOIRÉ AVEC LES CHAMPS ELYSÉES

L’autre jour, et alors que je partageais un café avec mon père, on se demandait qui pourrait de nouveau noircir les Champs-Elysées comme Johnny venait de le faire. J’ai commencé par Zizou. D’un revers, mon père m’a dit que ce n’était pas vraiment un chic type et que si les gens se mettaient à lire, ils l’apprendraient assez vite. J’ai fait hocher ma tête de haut en bas puis ai délicatement poussé du pied mon sachet de course où se cachaient mes pots de yaourt Danone. Qui d’autre pourrait alors prétendre aux Champs ? Papa ne savait pas. Moi non plus. Continuer la lecture

BILLET [2] J’AI FOIRÉ MA DISCUSSION DE COMPTOIR

Autour de la table, au coin de comptoir, ça discute.
Ça parle de Deneuve. Mais tu sais que la Catherine dans « Bonne Pomme » (de Florence Quentin, scénariste de La vie est un long fleuve tranquille), film  où elle répond aux paroles qu’on souffle toutes les dix secondes à Depardieu (dans le générique, il y a un nom et un prénom à côté de « répétitrice G.Depardieu »), elle joue vraiment pas mal (je vous rassure, le film est nul). D’ailleurs, attend-on autre chose d’une actrice ? Sur les ondes de certains médias, on crie à « l’antiféminisme » sous prétexte que la vieille distingue les « gros porcs » des autres, qu’elle ouvre la porte au fait que l’homme est parfois entre les deux, qu’il peut être un dragueur bien lourd, un bonhomme qui use mal des mots ou qui contrairement en use trop, voire en couche un vulgaire et malvenu à l’intérieur d’un texto. Continuer la lecture

BILLET [1] J’ai foiré ma nuit

Presque neuf heures, je n’ai toujours pas fermé l’œil. Pourtant, j’avais enfilé mon pyjama et foutu une playlist de podcasts censés me faire plonger, mais non. Les pensées ont commencé à se mélanger, c’était un bordel pas possible. J’ai tenté de mettre de l’ordre. En vain. Alors, vindicatif face à la nuit, j’ai écrit. C’était pas trop ça. Du coup, et comme il approchait pas loin de cinq heures, je me suis posé devant le pc pour faire lecture des titres de presse. Ça parlait de République en Marche qui ne recule devant rien, de marchés de Noël qui s’apparentent à des stands de pêche aux canards, qu’il y a de plus en plus d’intox sur les réseaux sociaux mais qu’il y avait aussi moins de décès chez les journalistes en 2017. J’ai cherché un lien, sans succès. Je vais donc revenir sur les canards. Continuer la lecture

Accusé, levez-vous

« Messieurs les jurés, cet homme est innocent. La vie, c’est fait pour taper dessus, cette chose immonde nous fait croire en des valeurs qui n’ont rien d’humaines. Mon client, cet innocent, est tombé dans un piège, un traquenard. Cette femme, sa femme, est un piège à loup, une tromperie dont personne ne se méfie. Un truc fait de ferraille qui se cache au milieu d’hautes herbes puis qui vous choppe la jambe avec un peu trop de mordant. Continuer la lecture

Branlette Terre

Je sais pas ce que je fous là. C’est bleu, des nuages se dispersent un peu comme de la barbe à papa mais eux, et ça m’angoisse un peu, ne se mangent pas. J’aime pas tellement ça d’ailleurs. Je les regarde et  je pense pas à grand-chose, je me laisse naïvement porter par ce que je vois. Rien de fou, c’est même plutôt banal. Mes yeux voient ce que tout le monde côtoie mais d’un angle que peu ont la chance de prendre.
Voilà. C’est bleu, c’est cotonneux et moi, indécis quant à la marche à suivre, je pense à ma femme et ma fille. Je suppose que c’est normal. Continuer la lecture

La baignoire


— « Faut dire vrai Luc ? Sérieusement, dis-moi. Je dois dire vrai ? Parce que là, entre nous, vous êtes tous les deux le cul posé devant moi, tout confort sur la banquette, mais j’hésite vraiment à cracher la sauce. Je sais pas si tu vois où se situe exactement le problème. Et même si t’as aucun doute concernant ce dernier, je vais faire l’effort de bien expliquer, parce que tu le veux, parce qu’au fond, oui, tu veux que ta gonzesse sache à quel point t’es con.
Alors voilà mon amie, je te considère comme une très bonne amie oui, je vais te raconter en te regardant dans les yeux et, la mâchoire tombante, tu vas pas décrocher les tiens des miens. Tu vas m’écouter, comprendre, puis te mettre à chialer. Continuer la lecture

Plomb dans l’aile

Une salle, un public, un concert. Une visite, lâche et faucheuse. Notes trompeuses.
Un grand boum. Avant, et je n’ai que ça pour maintenant parler d’elle, j’ai brouillonné quelques trucs. Je me souviens, avant, aussi routinier que banal, mon fil rouge faisait que je marchais, mangeais, trinquais et même échangeais. Avant, il y avait mes amis, ma famille, les relations indécises, il y avait elle. Rien de trop fou, juste de quoi faire patienter avant la promesse d’une fin de vie. C’était pas grand-chose mais il y avait de quoi combler les trous ou l’ennui. Je savais pas moi qu’il fallait profiter Continuer la lecture

Mirabeau

Les ponts. Ça veut tout dire les ponts. On les traverse, les franchit pour sauter une rivière, un ravin ou simplement passer une route sur laquelle marcher serait trop risqué. On en saute, parce que traverser, au final, ça commence à user.

Quinze mètres, sous moi la Seine. Les pensées coulent tandis que les idées peinent à regagner les berges. Berges où plus personne ne m’observe. Peu importe, idées et pensées ne vont pas à ces gens-là. Aujourd’hui, égoïstement, je pense à moi. Faut dire que si je m’y attarde, la quantité de travail risque d’être colossale. Continuer la lecture

Sans profession

Mon âge devait osciller entre huit et neuf ans, voire dix. Il n’avait pas encore choisi. Compter, c’est s’ennuyer.
Je venais de finir une partie de football avec les copains. J’avais mal rebouché la bouteille et cette dernière s’était vidée sur les graviers du terrain rouge. Un mélange de poussière et de saleté s’évaporait du sol, comme un magicien qui aurait jeté un écran de fumée pour lui donner le temps de disparaître.
Tout le monde était fatigué, il fallait maintenant rentrer. Je n’en avais pas spécialement envie mais maman devait m’attendre assez impatiemment avec mon assiette froide posée depuis trop longtemps sur la table. J’allais me faire pourrir, c’était sûr. Continuer la lecture

Tamburello

Juillet. Une terrasse, des pavés, une table. Une tasse de café asséché, un sachet de biscuit entrouvert, deux verres remplis d’une bière fraîche. Arvad et elle, chacun sur une chaise, négocient une brise.
Le soleil s’en fout. Sans adversaire, dans le vide, il frappe. Seul dans le ciel, coin bleu que l’on regarde à contresens, égoïste, il ne laisse aucune place à ses amis cotonneux et frileux qui l’accompagnent la plupart des jours. Les nuages se cachent, derrière les volumes des montagnes, loin de là, enfants vexés d’être ainsi snobés, ils se chamaillent, se reposent et reviendront pour couvrir la chaleur d’une journée sans couleur, récif trompeur. Continuer la lecture

Expression

À côté de moi, qu’est-ce que je fous là ? Un parfum de foulard, une vague idée de toi, une virgule à laquelle on voudrait ajouter quelques lignes juste parce que la ponctuation nous fait chier. Les faux mystères ont en répondant qu’ils emmerdent. Tu n’es peut-être qu’un point, une histoire à laquelle on s’attache alors qu’on sait que le début précède d’un tout petit rien la fin. Ou, peut-être, tout le contraire, un paragraphe qui se multiplie en d’autres et qui façonnent une histoire. Un récit qu’on aime lire en laissant les pages se tourner parce qu’on a envie d’une suite. Continuer la lecture

Mauvaise trajectoire

J’ai cette migraine, cette petite chose incrustée dans la tête, ces mots emmêlés qui résonnent en rappel, ces échos qui font que je me souviens que tu es belle.
J’ai ce petit truc dans la tête, un bout de ferraille, de plastique ou je ne sais quoi. Pour dire vrai, je n’ai pas le courage de regarder mon reflet, celui que le rétroviseur peut à tout moment me donner. Je n’ai pas mal, je me contente de ne pas toucher, de plisser les yeux et d’attendre qu’on me sorte de là. Ma seule douleur est d’avoir peur. Peur de ne plus jamais tenir la main de la seule personne à qui je voulais bien la prêter, peur qu’on m’appelle un peu trop tôt pour voyager au pays où flotter est une loi sans gravité.
Du sang sort de l’entaille qui couvre mon cuir chevelu puis, lentement, me coule du front au menton mais, tu sais, même si je tangue, je me rappelle. Continuer la lecture

Il faut que je te dise

Il faut que je te dise.
Tu n’es pas encore partie. Alors, timidement, j’en profite. Du bout des doigts, je fais s’abaisser le bout de mon crayon pour faire s’élever les souvenirs qu’à jamais nous partagerons.
Je ne connais de toi que ce que tu as bien voulu me dévoiler. Un passé est plus facile à cacher qu’à partager. Sûrement as-tu décidé de le dissimuler pour mieux partager ce que le présent nous offrait à chaque jour passé à tes côtés. Continuer la lecture

Toi, Charlie et moi.

Toi le lâche,  l’ignoble, celui qui a fait d’une religion ce qu’elle n’est pas, toi qui cagoulé tires sur des personnes seulement couvertes de Unes, toi qui endoctriné, armé de kamalgamechnikovs, a tué du génie, toi, l’anonyme en quête d’une patrie, toi, ton nom rimera avec l’oubli.
Toi qui crois que l’histoire ne retiendra que le son de ton arme, détrompe-toi, le seul souvenir qu’elle gardera n’est autre que l’impact inverse que ton acte aura. Toi qui ne défends des idées qui n’ont pas même une once d’humanité, toi qui ne sais que protester armé, toi, tu apprendras derrière les barreaux dans un livre d’histoire que seuls les fusillés restent gravés dans le marbre à jamais. Continuer la lecture

L’oubli

Une date de début de janvier, un mois où le froid fait que l’on reste chez soi pour cultiver nos pensées. 1921 me paraît bien loin et pourtant je me souviens.
Au souvenir, je regarde un portrait qui n’a plus que l’ancienneté comme réalité. Je me dis qu’elle est belle et aboutie. En somme, une photographie réussie. Mais ce bout de papier glacé, aussi précieux que j’ai le palpitant rugueux, ne me la ramènera pas. La est un elle. Elle est celle  sans qui je n’aurais pu échanger quelques bouffées d’air avec ce mélange de tout et rien sur lequel je m’efforce à fouler le bitume. Un planisphère devenu faux frère, un monde au goût de sans elle. Continuer la lecture

J’accuse

 

Ne t’approche pas, surtout n’ose pas.
Si tu savais ce que tu es, si tu savais tout ce que je tais en moi pour préserver ce peu que tu es, ta seule pensée serait de me remercier.
Ne t’approche pas, la poudre risque de s’enflammer, d’exploser, au risque de te voir éparpillée en morceaux qu’aucun n’oserait toucher car personne ne saurait que tel bout est de toi, incapable de reconnaître tous les « tu » que tu as créés. Oublie la mauvaise idée de faire naître l’étincelle du peu de lumière qui t’éclaire.
Je t’ai vue marcher, fouler le pavé, sourire comme si tu n’avais pas honte de venir salir l’horizon qui s’offrait à moi. Je t’ai évitée, j’aurais pu faire de toi une empreinte sur la pierre usée se trouvant sous tes pieds, te balayer comme une rafale de vent proche des océans, te cracher au visage pour me rendre meilleur le paysage. Continuer la lecture

Agora

Tu es grande, tu es mince, on dirait un mannequin. Tu es brune, plus petite, plus jolie, plus théâtrale, plus rien ne me fait mal. Tu es drôle, me renverses, je te regarde, je crois que j’aime et frôle le sol. Tu es normale, tu es banale, j’aime aussi ça. Tu as le cheveu ondulé, des tonnes d’idées, ça me plaît. Tu me contraries, c’est puéril, tu te regardes le nombril et bizarrement je t’apprécie, je suis séduit. Tu te fringues comme les rideaux tissés de mamie, ça te va bien, tu me rends dingue. Tu es rousse, ça me rend fou, l’amour aux trousses. Tu as les cheveux courts, des bottines en cuir, un chapeau qui prolonge ton joli cou, quelques-unes de mes paroles maladroites te font déjà la cour. Tu as le cheveu châtain, pour moi daltonien ça ne diffère pas trop du brun, des lunettes posées sur ton joli nez en trompette, des fossettes qui rendent mon sourire bête quand sans t’écouter, je te regarde juste me parler, obsédé par tes yeux bleus grisés. Continuer la lecture

Voyage en naufrage

 

Si tu veux. Tu es une église, une prière, une croix, un espoir glissé dans la flamme d’une bougie, un cierge qui s’éteint, qui oublie.
Regarde de plus près, l’esprit vierge. Si tu desserrais l’étau de tes paupières, tu y verrais un cimetière, un illusoire alimentant l’infernal bûcher des damnés, des coupables à la vanité insupportable, une âme qui s’immole avec l’idée de paraître moins folle.
Si tu veux, convaincs le monde, fais-lui montre de ta perception, celle qui te donne raison.
Regarde de plus près, le reflet dit vérité, les fautes avouées emprisonnées. Les mensonges tiennent, s’épongent puis, au jour venu de ma décision, retomberont, te couleront. Au-revoir ambitions, au-revoir trahisons. Vérité au pouvoir, salutations. Continuer la lecture

L’anniversaire

C’était un jour de décembre, le premier jeudi d’un mois froid et glacial, à l’image des années accumulées, des jours sans goût et bancals.
Le temps me ressemblait, maussade, fatigué de tourner en rond, de se répéter et de surprendre pour se montrer. Quelques rares degrés, un vent dont les rafales me fouettaient, des nuages d’un gris blanchi, puis, sans prévenir, une poignée de flocons. Ils étaient là, à tomber sur et autour de moi, à se coller entre les pavés pour mieux les entourer et les mettre en valeur, comme s’il fallait que je les regarde encadrés pour mieux les apprécier. La vie n’est qu’une affaire de cadre. Peu importe l’œuvre, l’artiste, la main fragile qui la dessine. Peu importe. Continuer la lecture