J’accuse

 

Ne t’approche pas, surtout n’ose pas.
Si tu savais ce que tu es, si tu savais tout ce que je tais en moi pour préserver ce peu que tu es, ta seule pensée serait de me remercier.
Ne t’approche pas, la poudre risque de s’enflammer, d’exploser, au risque de te voir éparpillée en morceaux qu’aucun n’oserait toucher car personne ne saurait que tel bout est de toi, incapable de reconnaître tous les « tu » que tu as créés. Oublie la mauvaise idée de faire naître l’étincelle du peu de lumière qui t’éclaire.
Je t’ai vue marcher, fouler le pavé, sourire comme si tu n’avais pas honte de venir salir l’horizon qui s’offrait à moi. Je t’ai évitée, j’aurais pu faire de toi une empreinte sur la pierre usée se trouvant sous tes pieds, te balayer comme une rafale de vent proche des océans, te cracher au visage pour me rendre meilleur le paysage. Continuer la lecture

Agora

Tu es grande, tu es mince, on dirait un mannequin. Tu es brune, plus petite, plus jolie, plus théâtrale, plus rien ne me fait mal. Tu es drôle, me renverses, je te regarde, je crois que j’aime et frôle le sol. Tu es normale, tu es banale, j’aime aussi ça. Tu as le cheveu ondulé, des tonnes d’idées, ça me plaît. Tu me contraries, c’est puéril, tu te regardes le nombril et bizarrement je t’apprécie, je suis séduit. Tu te fringues comme les rideaux tissés de mamie, ça te va bien, tu me rends dingue. Tu es rousse, ça me rend fou, l’amour aux trousses. Tu as les cheveux courts, des bottines en cuir, un chapeau qui prolonge ton joli cou, quelques-unes de mes paroles maladroites te font déjà la cour. Tu as le cheveu châtain, pour moi daltonien ça ne diffère pas trop du brun, des lunettes posées sur ton joli nez en trompette, des fossettes qui rendent mon sourire bête quand sans t’écouter, je te regarde juste me parler, obsédé par tes yeux bleus grisés. Continuer la lecture

Voyage en naufrage

 

Si tu veux. Tu es une église, une prière, une croix, un espoir glissé dans la flamme d’une bougie, un cierge qui s’éteint, qui oublie.
Regarde de plus près, l’esprit vierge. Si tu desserrais l’étau de tes paupières, tu y verrais un cimetière, un illusoire alimentant l’infernal bûcher des damnés, des coupables à la vanité insupportable, une âme qui s’immole avec l’idée de paraître moins folle.
Si tu veux, convaincs le monde, fais-lui montre de ta perception, celle qui te donne raison.
Regarde de plus près, le reflet dit vérité, les fautes avouées emprisonnées. Les mensonges tiennent, s’épongent puis, au jour venu de ma décision, retomberont, te couleront. Au-revoir ambitions, au-revoir trahisons. Vérité au pouvoir, salutations. Continuer la lecture

L’anniversaire

C’était un jour de décembre, le premier jeudi d’un mois froid et glacial, à l’image des années accumulées, des jours sans goût et bancals.
Le temps me ressemblait, maussade, fatigué de tourner en rond, de se répéter et de surprendre pour se montrer. Quelques rares degrés, un vent dont les rafales me fouettaient, des nuages d’un gris blanchi, puis, sans prévenir, une poignée de flocons. Ils étaient là, à tomber sur et autour de moi, à se coller entre les pavés pour mieux les entourer et les mettre en valeur, comme s’il fallait que je les regarde encadrés pour mieux les apprécier. La vie n’est qu’une affaire de cadre. Peu importe l’œuvre, l’artiste, la main fragile qui la dessine. Peu importe. Continuer la lecture

Radeau tiré

J’aurais dû te rappeler, te dire des phrases, des mots, une sorte de vérité à l’écho flouté. Tu veux savoir ? Savoir que, pas à l’aise, j’ai remis ma veste pour m’enfuir, me faufiler sous les draps souillés sans même me retourner une seconde fois. Parce qu’il y a eu une première fois. Celle où, de mon regard, je t’ai observée, les yeux fermés, endormie sur l’oreiller, à rêver que j’allais rester. Les songes en garant d’une bague qu’avec le temps j’aurais pu te glisser au doigt. Autel devant lequel on ment, chaste terrain vague. Savoir que fuir est en moi une patrie, une enclave faite de réponses qui rétorquent systématiquement à des oui par la négative, coulée meurtrie de lave en symétrie. Continuer la lecture

Mirage

 

J’étais sorti prendre l’air, le vent s’est faufilé sous ma veste, a pris la direction de mes artères qui ont fini sous oxygène précaire. Tu étais là, me regardais prendre le froid puis es venue te coller à moi. Le vent chassait sur mes épaules, celles qui te protégeaient, qui jouaient le mauvais rôle. J’en profitais pour allumer la cigarette que tu allais me voler d’un baiser, j’en sortais une autre pour que partout l’on soit couplé.
Une autre, presque aussi jolie que toi, une brise qui s’enroulait autour de moi, un boa aux envies noires qui rampait pour monter les marches. Une à une gravies, mon cœur aurait pu être pris. Mais elle n’avait rien de toi, l’infini ne s’égale pas. Je quittais son regard pour le tien et priais déjà pour que mes regrets soient tamponnés « excuses acceptées ». Trop tard, eau goût nectar. Continuer la lecture

Aller en détours, retour improvisé

Tu te rappelles ? C’était un jeudi matin appartenant à un novembre vieux d’un an. Nous avions partagé l’oreiller pour la dernière fois, l’osmose comme pansement d’ecchymose, en imitant la veille où nous avions momentanément stoppé nos querelles. Tu te rappelles ?
Moi je me souviens, ton regard malicieux, ta peau délicieuse, ton grain de beauté outrageux, ta sueur emprunteuse, ton parfum sinueux, ton sourire d’amoureuse. Tu t’es levée, tu as fumé à la fenêtre, au loin je voyais tes fesses dénudées et m’en contentais. Tu as écrasé ton mégot entamé, a enlevé mon seul gilet qui te couvrait, t’es rhabillée et m’a remercié avant de m’embrasser. Et puis, tu es partie. Continuer la lecture

Paire servie

Réflexion bancale.
En marchant, je pensais. Ce n’est pas ce qui m’allait le mieux, je ne crois pas que c’est ce qui me faisait réellement mettre un pas devant l’autre mais j’aimais me sentir perdu au milieu de pensées confuses qui n’aboutiraient jamais. Moi, Arvad Raegusti, j’aimais croire que la vie était une fable.
J’en déduisais que l’amour, c’était comme une paire de chaussettes, de leur durée de vie à leur vétusté programmée, il y en avait toujours une qui s’égarait. Alors, pour ne pas continuer à marcher le pied nu, on en enfilait une autre, jamais pareillée mais idéale pour dépanner. On s’en contentait puis, un jour, elle venait à se trouer. Une dernière fois, on la palpait maladroitement avec nos doigts et, une fois de plus, on la remplaçait tout en sachant que quelque chose ne collerait pas, qu’à son tour elle disparaîtrait. À nouveau l’on se dispersait. Continuer la lecture

SERGUEÏ

Je n’avais pas de lunettes teintées de noir dérisoire, je n’avais que des yeux pleins de larmes, des pupilles rougies, du déjà vu coincé dans les artères, de la peine diluée dans mes kilomètres de veines. Sergueï me manque. Sergueï n’aimait pas voyager. Plus jeune, plusieurs amis l’avaient abandonné, quitté. Un coin de route, un arbre, une chaussée qui ne savait que décimer. Trop d’amis étaient partis, la foi de Sergueï aussi. Continuer la lecture

TUNNEL SOUS DOPAMINE

-« La ferme Lars ! La ferme ! Sors de là, allez, bouge-toi bordel ! »

Lars partait en vrille, il n’était pas parvenu à me suivre et était resté coincé dans ce foutu conduit d’aération. Pour dire vrai, je ne voyais pas comment le sortir de ce merdier. Je trouvais ça injuste. On venait de se battre pour quelques dollars empilés et mélangés dans des sacs qu’on ne pourrait jamais partager ou en faire profiter ceux que l’on aimait, ceux pour qui on le faisait. Brièvement, je faisais le point puis finissais par chercher un milieu à toutes mes idées qui s’entremêlaient sans parvenir à le trouver. La lucidité revenait. Continuer la lecture

Cordes anonymes

Veti «était assis sur un banc. Le temps était comme l’avis qu’il se faisait de sa vie. Ni chaud, ni froid. Ni venteux, ni pluvieux. Un temps où les nuages se regardaient, voulaient se dire des choses mais ne le faisaient pas pour se préserver l’un l’autre de l’orage qui éclaterait si une parole en dépassait une autre.
Quelques gouttes d’une pluie fine venaient sortir le jeune homme de ses songes. Comme à son habitude, ses rêves portaient le prénom d’une femme, un prénom qui aurait pu être Mélancolie. Les femmes, c’est ce qui le tenait debout. Le reste, le travail, le pouvoir, l’argent, les murs, tout ça lui donnait parfois envie de ne plus penser, s’isoler pour exister. Tout lui semblait faux. Pourtant, quand il se posait dans l’herbe pour y lire quelques écrits laissés là par d’autres que lui sur le bois vieilli et déverni du banc, il y prenait un plaisir qu’il lui fallait répéter pour ne pas sombrer. Continuer la lecture

Sans âme, ni haine, ni violence.

Arvad et Larsen étaient assis l’un en face de l’autre, une bière à la main, les yeux dans les yeux, ils parlaient. L’un se plaignait, l’autre écoutait. L’un tentait d’expliquer une vérité, l’autre faisait mine d’acquiescer sans même écouter. Larsen mimait d’entendre une vérité mais, comme toujours, préférait que la vérité soit celle qui lui convenait. Arvad s’évertuait à répéter, convaincre pour se libérer, expliquer pour réveiller. Rien n’y faisait, Larsen buvait sans même prendre soin de dialoguer. Larsen avait toujours eu du mal avec la vérité. Tout ça le dérangeait, il lui fallait quelque chose qui l’arrangeait, quelque chose qui ne lui crachait pas au visage, Larsen se mentait et aimait ne pas être dérangé. Continuer la lecture

Parole d’enfant

 

Arvad était haut de six ans, Arvad était presque un grand. Sa mère venait de le déposer au coin du café où son père l’attendait. Depuis un moment, ses parents n’étaient plus ensemble. Il n’avait jamais eu la chance de voir son père et sa mère vivre sous le même toit, se faire dire bonne nuit par les deux un même soir, chacun leur tour, mais cela ne lui manquait pas étant donné qu’il n’avait jamais connu cette situation-là.
Arvad donnait un coup de pied dans le pissenlit qui trônait devant lui et qui avait poussé entre deux pavés. Le garçon aimait les belles plantes, les fleurs, pas les mauvaises herbes. Après avoir désherbé son chemin, Arvad se mit à courir pour rejoindre son père à l’intérieur du café. Continuer la lecture

Parfum salé

 

Sur les bords de seine. Seul, la liberté et l’air du large presque à portée de main, le souffle du renouveau à l’horizon. Il se baladait avec l’idée d’évacuer, de respirer, de se purger. Les chaussures plongées dans l’herbe un peu humide qui ornait le quai improvisé qu’il foulait. La tête ailleurs, le cœur et ses envies déjà trop éloignés de lui, Hervé, c’était son prénom, Hervé continuait de marcher.
Durant un long moment, il en avait voulu à ses parents puis, les années s’accumulant, il s’en était accommodé. Celui-ci ou un autre, peu importe le nombre de syllabes, si le prononcer sonnait à la guise de celui qui l’entendait, Hervé avait fini par se foutre de son prénom. Continuer la lecture

Complice 767, le regard fixe

 

J’avais huit ou neuf ans, tout au plus, plus ou moins, une approximation dans la voix, un doigté fragile et un avenir déjà tout tracé. Je pensais que cette fille serait mienne toute ma vie, je m’imaginais déjà lui passer la bague au doigt, lui faire porter mon enfant et même quelques-uns de plus, je m’imaginais rentrer du bureau, manger puis discuter avec elle de tout et rien, comme tout le monde fait. J’aimais déjà cette vie banale. L’amour en fond, sans concession, je n’attendais qu’une chose, grandir. Continuer la lecture

Madame Artaguas a un goût de vanille

Verdi Artaguas était un humain comme les autres, quelconque mais persuadé du contraire. Un travail qui lui prenait un bon tiers de la journée, un appartement dont il ne sortait que pour s’échapper des écrits qui le recouvraient et pesaient trop lourd, un chat qui traînait ses coussinets sur un parquet usé mais verni pour faire don de sa nonchalance à toutes les pièces de l’appartement, un évier débordant de vaisselles et une boîte à lettre qu’il n’ouvrait qu’une fois par jour, au moment du café et de son bol de bananes coupées en tranches saupoudrées de cacao. Continuer la lecture

Papi est parti

Jamais, rarement, parfois, souvent, toujours. Le temps, rien d’autre. Des aiguilles qui se suivent, se superposent puis s’entremêlent. Les secondes passent, les minutes les imitent tandis que les heures, scrupuleuses et inflexibles, prennent note d’un passé qu’il ne faut pas oublier.

J’ai peur. Mon estomac se contracte et se tend, je ne sais pas si les secondes que je compte une à une valent la peine de former une minute, puis d‘autres qui feront des heures. Le temps est arrêté, papi a changé de chambre, le temps ne reprendra pas avant longtemps.
Je venais de raccrocher le téléphone et de mettre fin à la conversation d’avec mon oncle. Quelques secondes s’écoulaient, je comprenais. Continuer la lecture

Artificielle

Le pirate le plus redouté des mers cartographiées possédait son propre navire. Ce pirate était une femme, ce pirate s’appelait Jeanne. Quiconque la croisait savait qu’il valait mieux tout donner pour espérer ne pas sentir un bout d’épée s’enfoncer dans son foie et voir son corps jeté aux squales dans un océan agité.

Jeanne était une guerrière, une sorte de vieille louve des mers, l’ancre tatouée juste au-dessus du palpitant, le sang qui circulait dans ses veines fragiles était fait d’un mélange d’eau salée et ensanglantée provenant des océans qu’elle avait avalés depuis qu’elle était née. Continuer la lecture

À en perdre la tête

Le roi est mort, vive le roi.

Arvad était un bon roi. Chaque matin, il mangeait, se goinfrait mais partageait. Chaque matin, le roi criait haut et fort qu’il était le plus fort et le plus ambitieux de toute sa dynastie, mais il n’oubliait jamais de déléguer. Chaque matin, le roi se réveillait aux côtés d’une femme, pas toujours la même, il lui souriait, lui disait qu’elle était la plus jolie puis lui promettait de revenir dès que la nuit serait tombée. Continuer la lecture