Archives de catégorie : Les Billets

Les billets d’humeur ou de circonstance. C’est pas la folie mais ça se lit

BILLET [7] J’AI FOIRÉ MA SAINT VALENTIN

              Ce matin, accoudé au comptoir, la main droite posée sur ma tasse de café  – ça réchauffe la paume – les gens parlent Saint Valentin. « Faut être con pour aller au resto ce soir ! Tu payes le double du prix pour une soirée qui s’annonce pour sûr merdique.» « Faut pas penser argent » que lui répond son acolyte. « T’façon, je l’emmène vingt fois par mois au resto ma gonzesse ! Alors ce soir, niet. » La discussion prend de l’élan.
— Du coup tu fêtes pas ?
— Non. Enfin si. Je suis allé lui acheter un petit truc là. J’en reviens. Pas grand-chose mais assez pour qu’elle ait le sourire quoi.
— T’as acheté quoi ?
— Une broutille. Et toi ? Il délaisse son compère et s’adresse à moi.  On ne se connaît pas. Ta copine, tu lui offres quelques chose, tu l’emmènes au resto, tu fêtes ?
— Quelle copine ? Continuer la lecture

BILLET [6] J’AI FOIRÉ MA LV3 ESPAGNOL

              Voilà deux grosses semaines, Simon Shelton Barnes est mort. Cinquante-deux ans. Simon, on le connaît mieux sous le nom de Tinky Winky. Un personnage des Teletubbies qui avait été un moment soupçonné d’être gay par un célèbre évangéliste américain, juste avant l’ère des années 2000. Le truc, et même s’il avait toujours un sac à main au bras, c’est que Tinky Winky était censé avoir trois ans. À moins de la jouer Sarko et de ficher les gosses dès la maternelle, la véritable orientation de Tinky restera à jamais une énigme. Mais s’il y avait un mystère dans cette série animée, c’était le Soleil.  Le « sun baby ». En gros, la naine jaune était représentée par un visage de bébé qui rigolait ou gazouillait à longueur d’épisode. On avait Madame Soleil et, en un clin d’œil, on a eu Bébé Soleil. Aujourd’hui, cette petite étoile a la vingtaine et coule une vie plutôt tranquille au Royaume-Uni. Jess Smith qu’elle s’appelle. Le Soleil est une fille. Continuer la lecture

BILLET [5] J’AI FOIRÉ MA RELATION AVEC LE SMARTPHONE

— Bonjour.
— Bonjour.
— Vous avez la carte du magasin ?
— Non.
— Est-ce que vous souhaitez en créer une ?
— Non.
Sous le son des bips et la courtoisie étant de la partie, nous nous échangeons un sourire.
— Ça vous fera dix-sept euros et trente centimes s’il-vous-plaît.
Elle doit avoir quarante piges et me vouvoie. Je termine de ranger mes courses puis sors la carte bancaire du portefeuille. Continuer la lecture

BILLET [4] J’AI FOIRÉ LE MOMENT OÙ IL FALLAIT COMPOSTER

            Aujourd’hui, avant d’aller commander un café, je me baladais au milieu des rues messines et pavées. J’y ai vu un sdf et une factrice. Le premier a posé sa bière puis a demandé à la seconde si elle avait du courrier pour lui. J’ai souri. Dans le Siné Mensuel de janvier,  Micaël publie un croquis où une vieille bourgeoise, peut-être septuagénaire, adresse la parole à un clodo pour lui dire qu’il est assis sur le mètre carré le plus cher d’Europe. Continuer la lecture

BILLET [3] J’AI FOIRÉ AVEC LES CHAMPS ELYSÉES

L’autre jour, et alors que je partageais un café avec mon père, on se demandait qui pourrait de nouveau noircir les Champs-Elysées comme Johnny venait de le faire. J’ai commencé par Zizou. D’un revers, mon père m’a dit que ce n’était pas vraiment un chic type et que si les gens se mettaient à lire, ils l’apprendraient assez vite. J’ai fait hocher ma tête de haut en bas puis ai délicatement poussé du pied mon sachet de course où se cachaient mes pots de yaourt Danone. Qui d’autre pourrait alors prétendre aux Champs ? Papa ne savait pas. Moi non plus. Continuer la lecture

BILLET [2] J’AI FOIRÉ MA DISCUSSION DE COMPTOIR

Autour de la table, au coin de comptoir, ça discute.
Ça parle de Deneuve. Mais tu sais que la Catherine dans « Bonne Pomme » (de Florence Quentin, scénariste de La vie est un long fleuve tranquille), film  où elle répond aux paroles qu’on souffle toutes les dix secondes à Depardieu (dans le générique, il y a un nom et un prénom à côté de « répétitrice G.Depardieu »), elle joue vraiment pas mal (je vous rassure, le film est nul). D’ailleurs, attend-on autre chose d’une actrice ? Sur les ondes de certains médias, on crie à « l’antiféminisme » sous prétexte que la vieille distingue les « gros porcs » des autres, qu’elle ouvre la porte au fait que l’homme est parfois entre les deux, qu’il peut être un dragueur bien lourd, un bonhomme qui use mal des mots ou qui contrairement en use trop, voire en couche un vulgaire et malvenu à l’intérieur d’un texto. Continuer la lecture

BILLET [1] J’ai foiré ma nuit

Presque neuf heures, je n’ai toujours pas fermé l’œil. Pourtant, j’avais enfilé mon pyjama et foutu une playlist de podcasts censés me faire plonger, mais non. Les pensées ont commencé à se mélanger, c’était un bordel pas possible. J’ai tenté de mettre de l’ordre. En vain. Alors, vindicatif face à la nuit, j’ai écrit. C’était pas trop ça. Du coup, et comme il approchait pas loin de cinq heures, je me suis posé devant le pc pour faire lecture des titres de presse. Ça parlait de République en Marche qui ne recule devant rien, de marchés de Noël qui s’apparentent à des stands de pêche aux canards, qu’il y a de plus en plus d’intox sur les réseaux sociaux mais qu’il y avait aussi moins de décès chez les journalistes en 2017. J’ai cherché un lien, sans succès. Je vais donc revenir sur les canards. Continuer la lecture