Archives de l’auteur : Gautier Savard

Sans profession

Mon âge devait osciller entre huit et neuf ans, voire dix. Il n’avait pas encore choisi. Compter, c’est s’ennuyer.
Je venais de finir une partie de football avec les copains. J’avais mal rebouché la bouteille et cette dernière s’était vidée sur les graviers du terrain rouge. Un mélange de poussière et de saleté s’évaporait du sol, comme un magicien qui aurait jeté un écran de fumée pour lui donner le temps de disparaître.
Tout le monde était fatigué, il fallait maintenant rentrer. Je n’en avais pas spécialement envie mais maman devait m’attendre assez impatiemment avec mon assiette froide posée depuis trop longtemps sur la table. J’allais me faire pourrir, c’était sûr. Continuer la lecture

Tamburello

Juillet. Une terrasse, des pavés, une table. Une tasse de café asséché, un sachet de biscuit entrouvert, deux verres remplis d’une bière fraîche. Arvad et elle, chacun sur une chaise, négocient une brise.
Le soleil s’en fout. Sans adversaire, dans le vide, il frappe. Seul dans le ciel, coin bleu que l’on regarde à contresens, égoïste, il ne laisse aucune place à ses amis cotonneux et frileux qui l’accompagnent la plupart des jours. Les nuages se cachent, derrière les volumes des montagnes, loin de là, enfants vexés d’être ainsi snobés, ils se chamaillent, se reposent et reviendront pour couvrir la chaleur d’une journée sans couleur, récif trompeur. Continuer la lecture

Expression

À côté de moi, qu’est-ce que je fous là ? Un parfum de foulard, une vague idée de toi, une virgule à laquelle on voudrait ajouter quelques lignes juste parce que la ponctuation nous fait chier. Les faux mystères ont en répondant qu’ils emmerdent. Tu n’es peut-être qu’un point, une histoire à laquelle on s’attache alors qu’on sait que le début précède d’un tout petit rien la fin. Ou, peut-être, tout le contraire, un paragraphe qui se multiplie en d’autres et qui façonnent une histoire. Un récit qu’on aime lire en laissant les pages se tourner parce qu’on a envie d’une suite. Continuer la lecture

Mauvaise trajectoire

J’ai cette migraine, cette petite chose incrustée dans la tête, ces mots emmêlés qui résonnent en rappel, ces échos qui font que je me souviens que tu es belle.
J’ai ce petit truc dans la tête, un bout de ferraille, de plastique ou je ne sais quoi. Pour dire vrai, je n’ai pas le courage de regarder mon reflet, celui que le rétroviseur peut à tout moment me donner. Je n’ai pas mal, je me contente de ne pas toucher, de plisser les yeux et d’attendre qu’on me sorte de là. Ma seule douleur est d’avoir peur. Peur de ne plus jamais tenir la main de la seule personne à qui je voulais bien la prêter, peur qu’on m’appelle un peu trop tôt pour voyager au pays où flotter est une loi sans gravité.
Du sang sort de l’entaille qui couvre mon cuir chevelu puis, lentement, me coule du front au menton mais, tu sais, même si je tangue, je me rappelle. Continuer la lecture

Il faut que je te dise

Il faut que je te dise.
Tu n’es pas encore partie. Alors, timidement, j’en profite. Du bout des doigts, je fais s’abaisser le bout de mon crayon pour faire s’élever les souvenirs qu’à jamais nous partagerons.
Je ne connais de toi que ce que tu as bien voulu me dévoiler. Un passé est plus facile à cacher qu’à partager. Sûrement as-tu décidé de le dissimuler pour mieux partager ce que le présent nous offrait à chaque jour passé à tes côtés. Continuer la lecture

Toi, Charlie et moi.

Toi le lâche,  l’ignoble, celui qui a fait d’une religion ce qu’elle n’est pas, toi qui cagoulé tires sur des personnes seulement couvertes de Unes, toi qui endoctriné, armé de kamalgamechnikovs, a tué du génie, toi, l’anonyme en quête d’une patrie, toi, ton nom rimera avec l’oubli.
Toi qui crois que l’histoire ne retiendra que le son de ton arme, détrompe-toi, le seul souvenir qu’elle gardera n’est autre que l’impact inverse que ton acte aura. Toi qui ne défends des idées qui n’ont pas même une once d’humanité, toi qui ne sais que protester armé, toi, tu apprendras derrière les barreaux dans un livre d’histoire que seuls les fusillés restent gravés dans le marbre à jamais. Continuer la lecture

L’oubli

Une date de début de janvier, un mois où le froid fait que l’on reste chez soi pour cultiver nos pensées. 1921 me paraît bien loin et pourtant je me souviens.
Au souvenir, je regarde un portrait qui n’a plus que l’ancienneté comme réalité. Je me dis qu’elle est belle et aboutie. En somme, une photographie réussie. Mais ce bout de papier glacé, aussi précieux que j’ai le palpitant rugueux, ne me la ramènera pas. La est un elle. Elle est celle  sans qui je n’aurais pu échanger quelques bouffées d’air avec ce mélange de tout et rien sur lequel je m’efforce à fouler le bitume. Un planisphère devenu faux frère, un monde au goût de sans elle. Continuer la lecture

J’accuse

 

Ne t’approche pas, surtout n’ose pas.
Si tu savais ce que tu es, si tu savais tout ce que je tais en moi pour préserver ce peu que tu es, ta seule pensée serait de me remercier.
Ne t’approche pas, la poudre risque de s’enflammer, d’exploser, au risque de te voir éparpillée en morceaux qu’aucun n’oserait toucher car personne ne saurait que tel bout est de toi, incapable de reconnaître tous les « tu » que tu as créés. Oublie la mauvaise idée de faire naître l’étincelle du peu de lumière qui t’éclaire.
Je t’ai vue marcher, fouler le pavé, sourire comme si tu n’avais pas honte de venir salir l’horizon qui s’offrait à moi. Je t’ai évitée, j’aurais pu faire de toi une empreinte sur la pierre usée se trouvant sous tes pieds, te balayer comme une rafale de vent proche des océans, te cracher au visage pour me rendre meilleur le paysage. Continuer la lecture

Agora

Tu es grande, tu es mince, on dirait un mannequin. Tu es brune, plus petite, plus jolie, plus théâtrale, plus rien ne me fait mal. Tu es drôle, me renverses, je te regarde, je crois que j’aime et frôle le sol. Tu es normale, tu es banale, j’aime aussi ça. Tu as le cheveu ondulé, des tonnes d’idées, ça me plaît. Tu me contraries, c’est puéril, tu te regardes le nombril et bizarrement je t’apprécie, je suis séduit. Tu te fringues comme les rideaux tissés de mamie, ça te va bien, tu me rends dingue. Tu es rousse, ça me rend fou, l’amour aux trousses. Tu as les cheveux courts, des bottines en cuir, un chapeau qui prolonge ton joli cou, quelques-unes de mes paroles maladroites te font déjà la cour. Tu as le cheveu châtain, pour moi daltonien ça ne diffère pas trop du brun, des lunettes posées sur ton joli nez en trompette, des fossettes qui rendent mon sourire bête quand sans t’écouter, je te regarde juste me parler, obsédé par tes yeux bleus grisés. Continuer la lecture

Voyage en naufrage

 

Si tu veux. Tu es une église, une prière, une croix, un espoir glissé dans la flamme d’une bougie, un cierge qui s’éteint, qui oublie.
Regarde de plus près, l’esprit vierge. Si tu desserrais l’étau de tes paupières, tu y verrais un cimetière, un illusoire alimentant l’infernal bûcher des damnés, des coupables à la vanité insupportable, une âme qui s’immole avec l’idée de paraître moins folle.
Si tu veux, convaincs le monde, fais-lui montre de ta perception, celle qui te donne raison.
Regarde de plus près, le reflet dit vérité, les fautes avouées emprisonnées. Les mensonges tiennent, s’épongent puis, au jour venu de ma décision, retomberont, te couleront. Au-revoir ambitions, au-revoir trahisons. Vérité au pouvoir, salutations. Continuer la lecture

L’anniversaire

C’était un jour de décembre, le premier jeudi d’un mois froid et glacial, à l’image des années accumulées, des jours sans goût et bancals.
Le temps me ressemblait, maussade, fatigué de tourner en rond, de se répéter et de surprendre pour se montrer. Quelques rares degrés, un vent dont les rafales me fouettaient, des nuages d’un gris blanchi, puis, sans prévenir, une poignée de flocons. Ils étaient là, à tomber sur et autour de moi, à se coller entre les pavés pour mieux les entourer et les mettre en valeur, comme s’il fallait que je les regarde encadrés pour mieux les apprécier. La vie n’est qu’une affaire de cadre. Peu importe l’œuvre, l’artiste, la main fragile qui la dessine. Peu importe. Continuer la lecture

Radeau tiré

J’aurais dû te rappeler, te dire des phrases, des mots, une sorte de vérité à l’écho flouté. Tu veux savoir ? Savoir que, pas à l’aise, j’ai remis ma veste pour m’enfuir, me faufiler sous les draps souillés sans même me retourner une seconde fois. Parce qu’il y a eu une première fois. Celle où, de mon regard, je t’ai observée, les yeux fermés, endormie sur l’oreiller, à rêver que j’allais rester. Les songes en garant d’une bague qu’avec le temps j’aurais pu te glisser au doigt. Autel devant lequel on ment, chaste terrain vague. Savoir que fuir est en moi une patrie, une enclave faite de réponses qui rétorquent systématiquement à des oui par la négative, coulée meurtrie de lave en symétrie. Continuer la lecture

ZESTH et le faux Stand-by

Sortez les mouchoirs, placez-les en dessous de vos jolis yeux pour en récolter la pluie de larmes qui va y ruisseler. Comme indiqué dans le titre de l’article, et ça le brise mais c’est ainsi, ZESTH va devoir ralentir son flux de publication(s)  et ce malgré son envie qui prend la tangente de cette décision. Comme la sympathie sommeille en lui, il va vous en expliquer les raisons.

En effet, et je reprends les commandes, ce petit dos d’âne concernant les publications de nouvelles n’arrive pas seul. Que vous soyez lecteur régulier, moins régulier ou même visiteur tombé ici par hasard, je vous annonce que je viens de boucler un manuscrit de nouvelles que je vais m’empresser d’envoyer à des comités de lecture se trouvant dans telle ou telle autre cave d’une maison d’édition.

Par la même occasion, j’en profite pour me lancer plus sérieusement dans les concours de nouvelles, ces mêmes concours exigent que les  nouvelles proposées soient inédites et c’est principalement, vous l’aurez deviné, ce qui explique que je ne puisse publier ce travail ici-même.

Cela dit, je ne donne pas cher de moi dans la durée et suis persuadé que les publications (en travaillant un peu plus) garderont leur rythme régulier sur le site.

En vrai (pas vraiment), tout ceci est clairement manigancé pour que vous me désiriez encore un peu plus à chaque lecture.  Paraît même que la semaine serait propice à la publication d’un ou deux textes. Sait-on jamais….
La vraie seule différence avec avant, c’est que ZESTH, en amoureux des promesses tenues, ne peut vous promettre une publication régulière.

Je vous souhaite un bon début de semaine et  en profite pour vous remercier de vos quelques lectures. Si vous saviez comme elles me réchauffent le palpitant… Si vous saviez…

ZESTH

Mirage

 

J’étais sorti prendre l’air, le vent s’est faufilé sous ma veste, a pris la direction de mes artères qui ont fini sous oxygène précaire. Tu étais là, me regardais prendre le froid puis es venue te coller à moi. Le vent chassait sur mes épaules, celles qui te protégeaient, qui jouaient le mauvais rôle. J’en profitais pour allumer la cigarette que tu allais me voler d’un baiser, j’en sortais une autre pour que partout l’on soit couplé.
Une autre, presque aussi jolie que toi, une brise qui s’enroulait autour de moi, un boa aux envies noires qui rampait pour monter les marches. Une à une gravies, mon cœur aurait pu être pris. Mais elle n’avait rien de toi, l’infini ne s’égale pas. Je quittais son regard pour le tien et priais déjà pour que mes regrets soient tamponnés « excuses acceptées ». Trop tard, eau goût nectar. Continuer la lecture

Zesth Et Klanch, ça collabore.

Zesth collabore avec Klanch (magazine messin, culture et sous-culture). Le genre de truc  bien cool à lire. Comme le disait l’ami (ou non) Malraux: « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert. »
De ce fait, je vous invite vivement à aller faire un tour sur le site et à vous y gaver des articles qui sauront vous parler  (cinéma, art, théâtre, concerts, etc… Il y a de tout chez Klanch !)

Pour ma part, vous pouvez retrouver mon travail (fait en collaboration avec Camille D.) à cette adresse:  http://klanch.fr/musiques-volantes-n19-episode-1/

http://klanch.fr/wp-content/uploads/2014/01/LOGO-KLANCH-version-1.0.png

Aller en détours, retour improvisé

Tu te rappelles ? C’était un jeudi matin appartenant à un novembre vieux d’un an. Nous avions partagé l’oreiller pour la dernière fois, l’osmose comme pansement d’ecchymose, en imitant la veille où nous avions momentanément stoppé nos querelles. Tu te rappelles ?
Moi je me souviens, ton regard malicieux, ta peau délicieuse, ton grain de beauté outrageux, ta sueur emprunteuse, ton parfum sinueux, ton sourire d’amoureuse. Tu t’es levée, tu as fumé à la fenêtre, au loin je voyais tes fesses dénudées et m’en contentais. Tu as écrasé ton mégot entamé, a enlevé mon seul gilet qui te couvrait, t’es rhabillée et m’a remercié avant de m’embrasser. Et puis, tu es partie. Continuer la lecture