BILLET [2] J’AI FOIRÉ MA DISCUSSION DE COMPTOIR

Autour de la table, au coin de comptoir, ça discute.
Ça parle de Deneuve. Mais tu sais que la Catherine dans « Bonne Pomme » (de Florence Quentin, scénariste de La vie est un long fleuve tranquille), film  où elle répond aux paroles qu’on souffle toutes les dix secondes à Depardieu (dans le générique, il y a un nom et un prénom à côté de « répétitrice G.Depardieu »), elle joue vraiment pas mal (je vous rassure, le film est nul). D’ailleurs, attend-on autre chose d’une actrice ? Sur les ondes de certains médias, on crie à « l’antiféminisme » sous prétexte que la vieille distingue les « gros porcs » des autres, qu’elle ouvre la porte au fait que l’homme est parfois entre les deux, qu’il peut être un dragueur bien lourd, un bonhomme qui use mal des mots ou qui contrairement en use trop, voire en couche un vulgaire et malvenu à l’intérieur d’un texto. Non, je crois que Catherine, sans jamais donner de légitimité aux hommes violents, elle fout juste un coup de talon dans un tas de fausses féministes qui ont monopolisé le débat pour cliver. En jetant un œil à droite, j’aperçois Sophie qui passe la porte du bistrot. L’autre jour, au milieu d’un échange de textos où on apprenait lentement à se connaître, elle m’a sorti un « oui, j’aimerais bien coucher avec toi » sorti de nulle part. Bon, j’aurais pu crier au scandale, monter une manif, faire péter les banderoles ou juste répondre oui. Je me suis contenté de repartir sur autre chose. Une maladresse, ça arrive. Plus tard, pas dans l’immédiat, j’ai aussi eu droit à un « ton sperme chaud au fond de ma gorge ». Bon, le constat, c’est que Sophie est nymphomane (elle m’avait pourtant promis que non). Mais est-ce que ça fait d’elle une truie ? Je crois pas. Je crois juste que Sophie a faim et que la malnutrition touche de plus en plus d’étudiants.
Ça discute aussi à une vitesse folle au sujet de dix kilomètres heure de moins sur les routes françaises. Toujours au café, il y a Bernard qui dit que ça ne représente que trois petites minutes sur un trajet d’une heure. Dans l’opposition, il y a Robert qui lui répond que ça va devenir périlleux voir illégal de dépasser. Ce à quoi le premier concerné rétorque que « on n’est pas pressé ». Il a pas tout à fait tort le Nanard. On aurait pu s’arrêter là. Mais non. Il y a Gérard. Ce qu’il voit lui, c’est qu’on a zappé d’entretenir le réseau secondaire en France et même qu’il te cite une source « je l’ai vu dans le Turbo du cinq novembre dernier ! Zones de croisement(s) mal agencées, signalétique absente ou peu présente, gros engins sur routes fragiles. Tout ça est mal géré et coûte cher ! ». Un peu comme la SNCF  qui a mis des milliards pour les LGV pour relier deux ou trois centres d’intérêts économiques et politiques tout en fermant les yeux sur l’état aussi désastreux que dangereux du réseau secondaire. On est proche du point Godwin des réseaux de transports. Des conducteurs à bout, des rails, Millas es-tu là ? Si tu es là, réponds-moi ! Mais non, on échappe à tout ça.

Le débat se poursuit,  « Et puis, en Allemagne, il y a moins de morts. Et pourquoi ? Parce qu’on emprunte plus les autoroutes, et qu’elles sont gratuites ! Tout le contraire de ce qui se déroule en Hexagone mon bon monsieur. Alors oui, le français peut pester. Il finance des autoroutes puis l’État fait un truc plutôt génial en les privatisant. Du coup, l’automobiliste surpaye un truc qu’il a déjà payé (au-delà du coût d’entretien, entendons-nous bien) ». Formidable.
Intervient alors l’inévitable débat/combat. Dans le coin bleu, elle est belle, elle fait des baguettes comme personne et se torche à la vinasse bon marché. Applaudissez-moi cette putain de France ! Dans le coin rouge, elle enfile les points de croissance et porte l’euro en médaillon. Pour l’Allemagne, je veux une ovation !  Gégé n’en démord pas, « l’Allemagne, c’est mieux et t’façon, si on n’avait pas fait les 35 h avec l’autre du Nord là, bah on n’en serait pas là ! ». Sauf que le Gérard, il se plante. La semaine des 35h, elle existe bien outre-Rhin. Même que le smic n’existe pas dans certaines filières et que IG Metall, le plus gros syndicat de là-bas, ils viennent de demander une semaine à 28h ! Parce que les robots font mieux et plus vite que les allemands qui, dans nos médias, sont pourtant encensés pour leur capacité à produire mieux que nous et «nos millions de chômeurs indemnisés». Puis Robert hausse le ton, tape du poing sur le comptoir et martèle que l’Allemagne est un faux puissant. Mon café tremble et manque de sauter par dessus la tasse. Le mec est passé à deux doigts d’une salade de phalanges. Enfin, ce qu’il veut dire Robert, c’est qu’elle en impose mais que derrière elle dépose : des millions de pauvres, une population vieillissante et oubliée, le taux de fécondité qui plafonne à 1,5. Etc. Bon, ce qu’il dit le Bob, c’est que « c’est pas tout rose ou tout jaune ». Un peu comme tout noir ou tout blanc mais lui il dit que rose et jaune c’est plus gai pour dire la même chose.

Et là, et là… Tu débranches parce que ces derniers jours, les grands médias ont trouvé mieux qu’un France-Allemagne. Le thème, cette semaine, c’est France Gall (t’as vu la transition et le jeu de mots une ligne au-dessus ? t’as vu ?).  Sa dépouille est « exposée » au Mont Valérien. Quelques semaines plus tôt, c’était Johnny qui prenait la place mais les visiteurs n’avaient pas eu accès au funérarium. Gérard balance que Johnny était devenu maître en exil fiscal et « même mort, il  a pas trahi ses convictions ». «Saint Barth, c’est très bien !» que lui rétorque Bernard. Faut pas parler mal de Johnny en présence de Bernard. C’est pas fait pour lui plaire. Alors que France, et c’est Gérard qui insiste, bah elle a toujours laissé les billets à quai et se contentera de Montmartre. Pas trop mal.
En parlant de mâle et de Johnny, ça me fait penser au café qu’on a partagé avec le paternel la dernière fois. Entre une discussion sur le football et une petite remontrance sur mon hypothétique boulot, on se posait la question de savoir qui noircirait autant les Champs-Elysées que Johnny et son décès. Qui ?
J’ai tenté un « Zizou » auquel on m’a répondu par un « oh tu sais, les gens le connaissent pas bien, c’est pas un bon gars. Tu fais les gros yeux mais tu sais pas. Moi je l’ai lu ! ». Bon, s’il l’a lu. Peu importe, moi je dis qu’une personne, si elle te fait rêver, elle a le droit aux Champs-Elysées. Regarde Louis-Ferdinand Céline, et ça fait l’actualité, on lui lustre les couilles malgré l’antisémitisme qui côtoie ses écrits. Aujourd’hui, Antoine Gallimard a renoncé à publier les pamphlets antisémites du gars. Les raisons ? Je cite « Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement ». L’Antoine, il te sort ça pénard.  Mais mon gros, rien que l’idée d’avoir pondu un projet de « rééditon », elle est nauséabonde. Ça me fait penser que je dois bientôt balancer mon manuscrit à des maisons et qu’il est possible que je refuse Gallimard avant que le contraire se passe. Punaise, je suis grand seigneur quand même…

En revanche, ce qui baigne moins dans la mer de classe, c’est Lactalis qui a tardé à rappeler des produits contaminés aux salmonelles. Mais le président de notre République, il a dit que «  l’État français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire ». Bah non. Mais ça va aller, parce que Bruno Le Maire, il a convoqué la « Grande Distribution » à Bercy pour lui taper sur les doigts. Sauf qu’à traiter les conséquences on en zappe les causes : course à la rentabilité, « autocontrôles » ainsi que le pas assez de moyens accordés à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (la DGCCRF quoi) qui, du coup, peine à bien faire son boulot. De l’autre côté des responsabilités, il y a Lactalis. Si vous avez un martinet ou une combinaison en latex qui vous donnent parfois l’impression d’être immortel, enfilez tout ça et allez demander à nos agriculteurs (sont-ils encore vraiment à « nous ») ce qu’ils pensent du leader mondial de la transformation laitière. Bernard, il dit qu’il connaît un agriculteur qui s’est pendu avec une corde sponsorisée par Lactalis. Paraît que le groupe lui serrait tellement la corde qu’un jour il a décidé de faire un nœud coulant tout seul, comme un grand. Mais il est pas tout seul à avoir voulu faire le « grand ».
Cette semaine, il y a Sébastien Loeb, le mec qui passe entre Joséphine et Camping Paradis sur TF1 pour vendre du déo, qui a réussi à « tanker » sa Peugeot toute neuve (ça veut dire qu’il s’est ensablé). Du coup, Séb il a perdu Le Dakar. Au milieu des dunes, entre San Juan de Marcona et Arequipa. Pour ceux qui n’ont pas la géographie en amie, on parle du Pérou. Tout roule qu’on vous dit. Ceci dit, et même si ce Dakar ne va pas marquer les esprits, il va tout de même marquer l’environnement d’une  belle empreinte écologique. C’est Stéphen Kerckhove qui le dit. En gros, le délégué général d’Agir pour l’environnement, il nous parle de sites archéologiques détruits par les grosses roues des bolides, des 40 000 tonnes de CO2 émises et donc de l’impact sur les écosystèmes ou la biodiversité. Jusque-là, on parle catastrophe écologique. Puis le mec enchaîne. Le journaliste lui demande si un tel rallye pourrait avoir lieu en France. Là, Stéphen, il se démonte pas : «il faudrait essayer d’imaginer ce que pourrait donner un rallye qui aurait causé la mort de 60 personnes en traversant des villages de la Creuse ou de la Saône-et-Loire ». Bah on l’a Stéphen notre rallye, on l’a. C’est juste que Loeb est sponsorisé par Total tandis que notre bolide à nous, il est aux couleurs de Lactalis et de la grande industrie agroalimentaire.
Tout ça, ça me fait penser au film Wheels. Je l’ai vu hier ou avant-hier, je sais plus trop. En gros, c’est deux paraplégiques qui deviennent toxicos. C’est parfois niais, tombe lentement dans le dramatique mais on rit. Voilà, on y est.

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