J’accuse

 

Ne t’approche pas, surtout n’ose pas.
Si tu savais ce que tu es, si tu savais tout ce que je tais en moi pour préserver ce peu que tu es, ta seule pensée serait de me remercier.
Ne t’approche pas, la poudre risque de s’enflammer, d’exploser, au risque de te voir éparpillée en morceaux qu’aucun n’oserait toucher car personne ne saurait que tel bout est de toi, incapable de reconnaître tous les « tu » que tu as créés. Oublie la mauvaise idée de faire naître l’étincelle du peu de lumière qui t’éclaire.
Je t’ai vue marcher, fouler le pavé, sourire comme si tu n’avais pas honte de venir salir l’horizon qui s’offrait à moi. Je t’ai évitée, j’aurais pu faire de toi une empreinte sur la pierre usée se trouvant sous tes pieds, te balayer comme une rafale de vent proche des océans, te cracher au visage pour me rendre meilleur le paysage.
Ne t’approche pas, la rage s’attrape comme ça. Ne traverse pas une rue en haussant le visage. Non, ne fais pas ça. Reste loin, loin du monde sain, celui qui te paraît si lointain parce qu’incapable de s’accoupler au tien.
Ne t’approche pas, goûte à la ciguë, fais d’elle ton issue. Toi le spam, toi la chose qu’on n’aime pas, qu’on ne regarde pas mais chose contre laquelle on ne lutte pas car l’on se demande à quoi rime ce toi. Une publicité, un mensonge bien ficelé qu’on estime avec pitié après l’avoir baisée.
Le comptoir, devant moi, des histoires, du facultatif, mais il en faudrait plus pour que mon verbe soit abusif.
Je suis sali, il faut que je t’oublie. Tu es un souvenir, ces choses-là brûlent sitôt qu’on les ravive.
Ne t’approche pas, règle ton histoire, fais une croix en bas d’une page, celle où il est écrit qu’aucune autre ne suivra, celle qui te dit que tu as grillé autant de jokers que de ce fait tu seras perpétuellement un roman de  guerre.
Mais une guerre ne se gagne pas, elle se perd ou ne se gagne que lorsqu’on accepte de la perdre, de la perdre sous le modèle de Phèdre. Tu es elle, l’amour criminel, l’aveu d’une faiblesse pour finir par s’empoisonner parce qu’il est devenu impensable d’assumer cette pensée éhontée.
Mais une Phèdre sans Racine est un brouillon sans saveur, à peine une fleur, une rose sans épine, à peine une bouffée de nicotine, une once de morphine, un liquide épais venant s’agripper sur une veine telle une ronce que l’on estime à peine. Une haine. Un tronc imberbe de feuille sur lequel on brûle les âmes qui entendent des voix, celles qui sont propres à Jeanne, celle pour qui berner pour rassembler était un art.
Ne t’approche pas. Non, n’essaye pas. Ne provoque pas. Si ce n’est moi, le destin se chargera de te faire comprendre le pourquoi. Force toi, assume toi, provoque toi, construis enfin ce  « toi » qui t’abritera des pluies acides qui puisent leurs idées perfides dans le lac pour lequel tu as bâti un barrage, celui où flottent tes outrages et où gît ton peu de courage.
Tout n’est pas fait pour être expliqué, ni pour être vérifié, mais tout est réuni pour faire éclater une vérité, même si tu te tentes à la dissimuler. Il ne reste qu’à trouver l’artificier, si seulement ton prénom pouvait rimer je l’aurais couché sur ce papier.
Un jour faneront les pétales de la fleur qu’à chaque fausse identité tu refais naître pour mieux paraître. Un matin où le temps se sera fait beau, tu te tromperas de vase et glisseras un tonneau des danaïdes pour accueillir cette fleur illusoire qui préside. Privée d’eau, la jolie fleur s’épuisera puis s’éparpillera pour se décomposer là où personne ne regardera. Amoureux, malheureux ou soucieux taiseux, face à la débâcle, selon d’où l’on assiste au spectacle, peu importe, enfin les nuages auront rendu les oracles.
Ne t’approche pas, ne recule pas. Funambule depuis trop longtemps, tente la traversée sans filet, inspire ta fierté, fais d’elle Thésée, fondateur d’une cité, puis expire des excuses à l’assemblée venue t’observer comme on jette un regard à l’accusé présumé.
Tu n’es pas coupable, tu es une fable. Une flèche décochée sur un arbre sur laquelle flotterait un message, celui qui te demanderait d’être charitable et d’avouer tout autour de toi cette vérité, ce toi à peine condamnable tellement il fait naître l’effroi, ce toi qui doit enfin déclarer à ses fausses amitiés que  cette fille à l’allure de mirage a menti pour ne pas être méprisée, ce toi qui n’a au passé comme au présent rien de pardonnable. Breuvage enivrant mais infâme sur lequel est collée une étiquette où l’on fait la lecture d’un ingrédient au nom de naufrage, conservateur couvrant un parfum qui diffame.
Maintenant, approche et regarde. L’âme dreyfusarde, l’injustice ne trouve plus sa place, réhabilite moi, puise et fore pour trouver ta part de Zola, toi la fille à l’âme fuyarde.

 

j accuse

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