Agora

Tu es grande, tu es mince, on dirait un mannequin. Tu es brune, plus petite, plus jolie, plus théâtrale, plus rien ne me fait mal. Tu es drôle, me renverses, je te regarde, je crois que j’aime et frôle le sol. Tu es normale, tu es banale, j’aime aussi ça. Tu as le cheveu ondulé, des tonnes d’idées, ça me plaît. Tu me contraries, c’est puéril, tu te regardes le nombril et bizarrement je t’apprécie, je suis séduit. Tu te fringues comme les rideaux tissés de mamie, ça te va bien, tu me rends dingue. Tu es rousse, ça me rend fou, l’amour aux trousses. Tu as les cheveux courts, des bottines en cuir, un chapeau qui prolonge ton joli cou, quelques-unes de mes paroles maladroites te font déjà la cour. Tu as le cheveu châtain, pour moi daltonien ça ne diffère pas trop du brun, des lunettes posées sur ton joli nez en trompette, des fossettes qui rendent mon sourire bête quand sans t’écouter, je te regarde juste me parler, obsédé par tes yeux bleus grisés.
Tu es un musée, un lieu où chaque œuvre est là pour être regardée, mais interdit d’être touchée. Parfois, je vole l’objet. En profiter le temps d’une soirée, te dire des choses, l’osmose fait qu’on ose, l’alcool fait qu’on décolle, le matin fait qu’il n’y a pas de lendemain.
Tu es un « tu » multiple, des noms de filles, autre chose, une différence qui fait que je tangue, mais tu n’es pas.
Tu n’es pas une rupture. Tu n’es pas un anneau dans l’oreille, assez gros, assez lourd pour qu’à chaque journée résonne un rappel. Un cercle vertueux, une récession en bout de chaîne, une dépression, un Kondratieff dans l’oreille pour que je me souvienne.
Tu n’es pas un œdème, un truc qui te rappelle que tu es à quelques pensées du repos éternel, à quelques coups de pelle d’un séjour prolongé sous terre.
Non, tu n’es pas tout ça. Tu es celle que je croise, que j’apprivoise sans même le vouloir, que j’aime parce qu’on nous dit comment faire. Mais, très vite, je lâche l’affaire. Tu es celle que j’observe sans verve. Peu importe ton prénom, je n’en ai qu’un intérêt primaire, je veux juste celle que tu n’es pas. Celle pour qui j’aurais pu clouer le christ, bétonner les contours de mon âme pour qu’elle coule sans jamais revenir du pays où aimer voulait dire trahir. Je la veux elle pour lui dire de se taire, un deuil d’orgueil.

Aparté qui complait, au milieu d’une pensée droitement dirigée. Et celui qui nous regarde, qui se délecte de tout ça, tu es qui toi ? Tout et son contraire, incapable de prendre parti dans une guerre qui n’a rien d’objectif pour le sans-avis que tu as en patrie, parce que guidé par tes couilles qui ont trop peu servies, asservies dès qu’une jolie fille te fait un sourire et te prends pour un journal intime. Grillé, zoné, illusoires syllabes enchainées en soirée, apprends à penser, signe l’arrêt de cette prise collective en pitié. Zappe le corps d’athlète, lâche les haltères, c’est la tête qu’il faut muscler, amer gage de personnalité.
Aparté terminé, écoute puis lis, toi le faux ami, fils du mépris. Enfant aux pensées vidées, aux idées couillées. L’inverse aurait pu te servir, te sortir, te sauver de l’affront que tu te fais.
L’avenir, c’est répéter. Aparté terminé.

J’observe un objet qui aurait vécu, qu’on oserait à peine déplacer de peur de le casser, fragile pour l’éternité, aussi poussiéreuse qu’ennuyeuse, un meuble quelconque sur lequel n’importe qui se poserait, une fille seule, une fille-meuble.
Une commode aux innombrables tiroirs, le contenu en discontinu, un hommage à ta vie de fille volage.
Ça fume, ça boit, ça vit, ça ne s’interdit pas et, pourtant, ça fait semblant de sourire quand il faut échanger un regard, échanger une parole est devenu trop dur pour une lâche. Alors quoi ?
Dis-le, viens le voir, le sage est là. Il t’écoutera sans te croire, l’oreille il tendra quand même pour toi.
Au fond d’un puits où tu sens les ronces qui te piquent et t’agrippent, tu oses dire, tes regrets, tes erreurs, ta folie. La main tendue, le sage t’aide à en sortir. Retour en lumière, tu lâches sa main et fais promesse d’oublier dès que le lendemain se pointe. L’aveu en éphémère, la vérité comme ulcère, aussi vague qu’une pensée perdue en pleine mer, dis-leur qui tu es à ces faussaires, penche-toi, ne tombe pas, et glisse-leur à l’oreille le mensonge que tu es.
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Pute est un métier, ne te force pas à le saloper. Force ta main à un peu plus trembler quand il faut la lever pour jurer, pour qu’enfin transparaisse que mentir est devenu pour toi un papier où est mentionné contrat à durée indéterminée. Montre ta paume, jure, avoue. Moi je sais. Les preuves signées, rien ne sert de les exposer, de vive voix tu les convaincras mieux que moi. Le mal n’est pardonnable que s’il fait ses aveux en haut lieu, là où les amis verront enfin que toutes mes fables étaient justifiables. Mens pour ne pas pleurer. Peu importe, savoir n’est pas gratuit, paye le prix.

Parfois, j’aimerais que tu partes, que tu ne reviennes pas. D’un simple au-revoir, j’irais planter quelques remords autour d’une plaque de marbre sur laquelle des âmes mensongères viendraient se recueillir alors qu’elles n’auraient rien compris du toi tout juste parti.
Maître en lucidité, la pensée irraisonnée placardisée, je me convaincs que le pire qu’il puisse t’arriver n’est autre que de côtoyer l’avenir que tu t’es créé. Celui bâti sur une armature jolie mais rime de torture.
Le soufre en patrie, les soupirs en compagnie. Si l’aveu n’est pas public, tu mérites.

Imposture sur le retour. À contre-jour, l’ombre montre l’impure.
Si une promesse tu peux tenir, fais celle de ne plus jamais revenir, reste le souvenir d’une mauvaise idée qui ne veut plus rien dire.
Évite-moi, vomis-moi, salis-moi, mens de moi, n’assume pas tes derniers envois. Mais, utopie expirée, laisse-moi le plaisir de fouler le pavé d’une ville qui peut se passer du peu de dignité que tu pourrais lui apporter, laisse cette ville respirer. Si tu es incapable de te révolter, délaisse et pose ce pavé. Profite de cette trêve pour signer devant tout le monde une paix. La liberté ne peut s’acquérir que lorsque  les révolutions sont jumelles des excuses du passé, quand elles sont pensées et assumées.
Une vérité qui s’isole est plus crédible qu’un mensonge en porte-parole.
pavés

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