Voyage en naufrage

 

Si tu veux. Tu es une église, une prière, une croix, un espoir glissé dans la flamme d’une bougie, un cierge qui s’éteint, qui oublie.
Regarde de plus près, l’esprit vierge. Si tu desserrais l’étau de tes paupières, tu y verrais un cimetière, un illusoire alimentant l’infernal bûcher des damnés, des coupables à la vanité insupportable, une âme qui s’immole avec l’idée de paraître moins folle.
Si tu veux, convaincs le monde, fais-lui montre de ta perception, celle qui te donne raison.
Regarde de plus près, le reflet dit vérité, les fautes avouées emprisonnées. Les mensonges tiennent, s’épongent puis, au jour venu de ma décision, retomberont, te couleront. Au-revoir ambitions, au-revoir trahisons. Vérité au pouvoir, salutations.
Si tu veux, assumer veut dire adieu, synonyme pauvre d’un à jamais qui n’a rien de précieux. Fuir pour ne pas dire, s’échapper comme si rien ne s’était passé.
Regarde de plus près, tes yeux fuyants, tes mots tremblants, ton sommeil faussement brillant. Ton échappée, regarde. Regarde cette croisade au goût de mascarade.
Si tu veux, le semblant en lieu de palpitant, les inventions en invasion, le sourire en patrie.
Regarde de plus près, le cœur qui lui-même s’écœure, les belles phrases qui te font croire que tu montes sur pégase mais sous lesquelles tu t’effaces, on appelle ça le rationnel. Et puis ce rictus, une victoire à la Pyrrhus. Regarde bien, tu ne convaincs plus.
Si tu veux, fière d’être mensongère, les secrets cadenassés, sécurité en trompeuse amitié, le costume d’une fille maladroite au sourire indélébile, idée juvénile.
Regarde de plus près, celui pour qui pardonner résonne avec jamais, seul, coincé avec tes vérités, à savoir que ta meilleure amie est une lame de rasoir, une goutte de sang pour imiter une amitié, des pilules qui te rapprochent chaque jour d’une cellule, parce qu’un jour des larmes de sang couleront au crépuscule. Regarde. Observe-toi. Regarde. Regarde.
Prends le soin de glisser un message dans la bouteille que trop souvent tu vides avant sommeil, puis jette-la entre deux vagues, à l’hymne sauvage, histoire opaque d’une eau au goût d’arnaque . Viendra une barque, un radeau, une bouée, une main pour te sortir du malsain que tu as depuis trop longtemps rejoint. Une bouteille à la mer pour exister, mais que tu t’évertues à ne jamais lancer par peur d’être regardée comme celle que tu es. Maîtrise en lâcheté.
Si tu veux, une île déserte, isolée, protégée, là où aucun navire ne peut accoster.
Regarde de plus près, un jour, une marée viendra te recouvrir les pieds de l’écume corrosive que tu as semée. Érosion masquée d’un bout de terre au nom de dignité, une terre abandonnée.
Toi la naufragée.

écume

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