Mirage

 

J’étais sorti prendre l’air, le vent s’est faufilé sous ma veste, a pris la direction de mes artères qui ont fini sous oxygène précaire. Tu étais là, me regardais prendre le froid puis es venue te coller à moi. Le vent chassait sur mes épaules, celles qui te protégeaient, qui jouaient le mauvais rôle. J’en profitais pour allumer la cigarette que tu allais me voler d’un baiser, j’en sortais une autre pour que partout l’on soit couplé.
Une autre, presque aussi jolie que toi, une brise qui s’enroulait autour de moi, un boa aux envies noires qui rampait pour monter les marches. Une à une gravies, mon cœur aurait pu être pris. Mais elle n’avait rien de toi, l’infini ne s’égale pas. Je quittais son regard pour le tien et priais déjà pour que mes regrets soient tamponnés « excuses acceptées ». Trop tard, eau goût nectar.
Les yeux ancrés dans les tréfonds de mer culpabilité, là où les yeux n’ont que le noir pour promouvoir les couleurs de leurs fables faites d’espoirs inaccordables. Je me suis à nouveau posé dans les tiens, je les sentais miens, déjà j’aurais voulu grimper et crier je t’aime sur le toit embrumé des souvenirs que l’on fabriquerait. Ceux qu’on n’avait pas eu le temps de modeler, ceux d’un passé écourté, d’une preuve d’amour ensablée, d’un trésor qu’une armée de soupirs couvrirait, d’un coffre où seul ton nom serait la clé. Tu m’as giflé, c’est un sourire contrarié que j’ai esquissé. De là, je n’ai plus jamais cessé de le cadenasser. Tu sais, le truc qui fait du mille tours minute quand il bat, juste parce qu’il te voit.
Des mots échangés, des syllabes pour reculer, on a fini par des onomatopées, histoire de pouvoir homologuer nos statuts de fusillés. Pour toi, ma patrie, les yeux emmurés, l’impact des balles jusque dans l’estomac où un nœud s’était fait pieu. Un nœud qui voulait dire je le veux.
J’ai oublié. Ta voix, ta mauvaise foi, ton désir de moi, tes envies de me dire au revoir. J’ai oublié. Viens, tiens-toi droite, relève-toi et dis-moi, dis-moi que tu es lasse, que tu gardes la face. Moi pas. Moi je te regarde, je ferme les yeux mais je te vois. Tu n’es plus là mais je t’observe, loin de toi, l’amertume en morphine, rempli d’ineptie, la verve alexandrine en porte-plume.
Je noircis du papier, rien ne m’amuse, tout m’abuse, sans accepter l’au-revoir, une brise d’air, ma muse, mon illusoire, mon trajet, mon foutoir, celle pour qui mon annulaire se serait fait roi.
Dans tes yeux, les flammes d’un endroit, aux adieux, tu ne devrais pas être là. S’évaporent tes mains, tremblantes et moins dures que les barreaux sur lesquels elles se cramponnent, sur lesquels tout est aphone.
J’ignorais ce que je faisais devant ce foutu toi. J’avais mal, me traînais sans vraiment fouler ce trottoir, juste avec l’envie que tu détournes le regard. Partir loin de moi, loin de ce que tu avais fait à cet homme-là, ce garçon qui me rappelle moi dès qu’il s’approche d’un miroir, s’effraye et s’enlace pour accepter que réalité est la rime de claustré, voyou sous les verrous, dette de sûreté.
À nouveau, je te regarde, je suis lasse, repars, tête basse. Je ne t’en veux pas, tu n’es juste pas moi. Un jour tu verras, un jour tu les fermeras, tes yeux noisettes aux rétines salées par la marée qui t’a trop souvent emportée. Toi, la noyée pour qui je n’ai su être qu’un navire déjà coulé. Enfin, tu rêveras. Au terminus, tu descendras. À la fin, tu verras, la chance que c’est d’être un mirage. Une idée qui n’a pas d’âge, une pensée que l’on boycotte comme flotte un parfum qui pour moi est le tien.

 

Photo0087

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *