Aller en détours, retour improvisé

Tu te rappelles ? C’était un jeudi matin appartenant à un novembre vieux d’un an. Nous avions partagé l’oreiller pour la dernière fois, l’osmose comme pansement d’ecchymose, en imitant la veille où nous avions momentanément stoppé nos querelles. Tu te rappelles ?
Moi je me souviens, ton regard malicieux, ta peau délicieuse, ton grain de beauté outrageux, ta sueur emprunteuse, ton parfum sinueux, ton sourire d’amoureuse. Tu t’es levée, tu as fumé à la fenêtre, au loin je voyais tes fesses dénudées et m’en contentais. Tu as écrasé ton mégot entamé, a enlevé mon seul gilet qui te couvrait, t’es rhabillée et m’a remercié avant de m’embrasser. Et puis, tu es partie.
À nouveau, je t’ai croisée. À nouveau, me regarder ou me reconnaître, un signe de tête étaient un péché. Tes yeux clignaient et fuyaient, le temps pour que je me souvienne, d’un toi, d’un nous, d’une haine, d’une peine.
La distance, comme excuse intérimaire, a servi de barrière. Ni approche, ni téléphone, ni encre sur feuille blanche, l’épistolaire et le satellitaire aux oubliettes, tu étais loin, le moi en forçat du rien.
Un souvenir, une brèche au milieu des artères, un cancer. Un manque, une toxine, valeur d’esthète en rappel qui inflige famine aux pensées autres que celles avec ton nom en étiquette. Une idée noire et versatile que j’aimerais saupoudrer de couleurs indélébiles.
À travers la serrure, tu le vois, le moi, il ravale l’écume des overdoses du passé devenues bordures de ses lèvres, remparts qu’avec l’espoir, piqure de rappel, l’on détruira.
Catapulté sur terre réalité, poussières en couverture, je m’approche, j’ébauche une esquisse de toi, j’embauche Satan pour savoir, j’emploie la vérité comme clé, je me fais ruine pour l’avoir, l’espoir qu’un jour tu reviendras, qu’enfin ton parfum de nouveau tu partageras.
Rideau tiré, l’acte sans toi ne débutera. Pas de spectacle, seul l’écho des cris illusoires, celui de la peur de ne jamais te revoir. Et sonne le glas, armada de regrets qui voguent ici et là.
Si près de la chute, je continue, me bute, me laisse cueillir par la brume. Loin de toi naissent froid et brouillard, l’opium m’enfume. Ce n’est plus un manque, c’est une dépendance.
Le souvenir d’un jeu, d’une oie perdue, prise entre le labyrinthe et la farine, de galets qui font mal aux pieds, d’une pierre en forme de palpitant,  de pêches aux poissons déjà décédés, de bousculades devant un océan spectateur de destinée, de vieux bateaux attachés sur un quai au futur artificier, d’un surnom, hommage d’un fumiste poète, fait de bougies éclairant la pénombre d’un appartement où gît mon ombre, mémoire d’un balcon, évocation d’une lettre première des miennes enneigée et entourée d’un cœur tracé du bout de ton joli doigté. Je me souviens aussi de sa réciproque avec un « a » à l’intérieur.

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