Archives mensuelles : octobre 2014

SERGUEÏ

Je n’avais pas de lunettes teintées de noir dérisoire, je n’avais que des yeux pleins de larmes, des pupilles rougies, du déjà vu coincé dans les artères, de la peine diluée dans mes kilomètres de veines. Sergueï me manque. Sergueï n’aimait pas voyager. Plus jeune, plusieurs amis l’avaient abandonné, quitté. Un coin de route, un arbre, une chaussée qui ne savait que décimer. Trop d’amis étaient partis, la foi de Sergueï aussi. Continuer la lecture

TUNNEL SOUS DOPAMINE

-« La ferme Lars ! La ferme ! Sors de là, allez, bouge-toi bordel ! »

Lars partait en vrille, il n’était pas parvenu à me suivre et était resté coincé dans ce foutu conduit d’aération. Pour dire vrai, je ne voyais pas comment le sortir de ce merdier. Je trouvais ça injuste. On venait de se battre pour quelques dollars empilés et mélangés dans des sacs qu’on ne pourrait jamais partager ou en faire profiter ceux que l’on aimait, ceux pour qui on le faisait. Brièvement, je faisais le point puis finissais par chercher un milieu à toutes mes idées qui s’entremêlaient sans parvenir à le trouver. La lucidité revenait. Continuer la lecture

Cordes anonymes

Veti «était assis sur un banc. Le temps était comme l’avis qu’il se faisait de sa vie. Ni chaud, ni froid. Ni venteux, ni pluvieux. Un temps où les nuages se regardaient, voulaient se dire des choses mais ne le faisaient pas pour se préserver l’un l’autre de l’orage qui éclaterait si une parole en dépassait une autre.
Quelques gouttes d’une pluie fine venaient sortir le jeune homme de ses songes. Comme à son habitude, ses rêves portaient le prénom d’une femme, un prénom qui aurait pu être Mélancolie. Les femmes, c’est ce qui le tenait debout. Le reste, le travail, le pouvoir, l’argent, les murs, tout ça lui donnait parfois envie de ne plus penser, s’isoler pour exister. Tout lui semblait faux. Pourtant, quand il se posait dans l’herbe pour y lire quelques écrits laissés là par d’autres que lui sur le bois vieilli et déverni du banc, il y prenait un plaisir qu’il lui fallait répéter pour ne pas sombrer. Continuer la lecture