Archives mensuelles : septembre 2014

Sans âme, ni haine, ni violence.

Arvad et Larsen étaient assis l’un en face de l’autre, une bière à la main, les yeux dans les yeux, ils parlaient. L’un se plaignait, l’autre écoutait. L’un tentait d’expliquer une vérité, l’autre faisait mine d’acquiescer sans même écouter. Larsen mimait d’entendre une vérité mais, comme toujours, préférait que la vérité soit celle qui lui convenait. Arvad s’évertuait à répéter, convaincre pour se libérer, expliquer pour réveiller. Rien n’y faisait, Larsen buvait sans même prendre soin de dialoguer. Larsen avait toujours eu du mal avec la vérité. Tout ça le dérangeait, il lui fallait quelque chose qui l’arrangeait, quelque chose qui ne lui crachait pas au visage, Larsen se mentait et aimait ne pas être dérangé. Continuer la lecture

Parole d’enfant

 

Arvad était haut de six ans, Arvad était presque un grand. Sa mère venait de le déposer au coin du café où son père l’attendait. Depuis un moment, ses parents n’étaient plus ensemble. Il n’avait jamais eu la chance de voir son père et sa mère vivre sous le même toit, se faire dire bonne nuit par les deux un même soir, chacun leur tour, mais cela ne lui manquait pas étant donné qu’il n’avait jamais connu cette situation-là.
Arvad donnait un coup de pied dans le pissenlit qui trônait devant lui et qui avait poussé entre deux pavés. Le garçon aimait les belles plantes, les fleurs, pas les mauvaises herbes. Après avoir désherbé son chemin, Arvad se mit à courir pour rejoindre son père à l’intérieur du café. Continuer la lecture

Parfum salé

 

Sur les bords de seine. Seul, la liberté et l’air du large presque à portée de main, le souffle du renouveau à l’horizon. Il se baladait avec l’idée d’évacuer, de respirer, de se purger. Les chaussures plongées dans l’herbe un peu humide qui ornait le quai improvisé qu’il foulait. La tête ailleurs, le cœur et ses envies déjà trop éloignés de lui, Hervé, c’était son prénom, Hervé continuait de marcher.
Durant un long moment, il en avait voulu à ses parents puis, les années s’accumulant, il s’en était accommodé. Celui-ci ou un autre, peu importe le nombre de syllabes, si le prononcer sonnait à la guise de celui qui l’entendait, Hervé avait fini par se foutre de son prénom. Continuer la lecture

Complice 767, le regard fixe

 

J’avais huit ou neuf ans, tout au plus, plus ou moins, une approximation dans la voix, un doigté fragile et un avenir déjà tout tracé. Je pensais que cette fille serait mienne toute ma vie, je m’imaginais déjà lui passer la bague au doigt, lui faire porter mon enfant et même quelques-uns de plus, je m’imaginais rentrer du bureau, manger puis discuter avec elle de tout et rien, comme tout le monde fait. J’aimais déjà cette vie banale. L’amour en fond, sans concession, je n’attendais qu’une chose, grandir. Continuer la lecture