Archives mensuelles : juin 2014

À en perdre la tête

Le roi est mort, vive le roi.

Arvad était un bon roi. Chaque matin, il mangeait, se goinfrait mais partageait. Chaque matin, le roi criait haut et fort qu’il était le plus fort et le plus ambitieux de toute sa dynastie, mais il n’oubliait jamais de déléguer. Chaque matin, le roi se réveillait aux côtés d’une femme, pas toujours la même, il lui souriait, lui disait qu’elle était la plus jolie puis lui promettait de revenir dès que la nuit serait tombée. Continuer la lecture

Souvenirs noyés

Une larme coulait, une goutte s’échappait, se faisait la malle et venait couler sur l’arête de mon nez puis ruisselait sur ma joue pour finir par se jeter dans le vide, s’éclater au sol, comme un souvenir éphémère, une pensée qui passe, fait demi-tour et s’en va.
Je ne pleurais pas. Je pensais. Simplement, humblement.
Chaque jour, je me levais, regardais le bleu du ciel suivi d’un ton grisâtre et d’un renouveau bleuté. Les couleurs s’enchaînaient. Cela me rappelait que tout pouvait changer, tout pouvait se transformer, se modeler, se mélanger mais malgré tous nos efforts le schéma ne faisait que se répéter. Les facettes se multipliaient tandis que le fond s’évertuait à rester le même, identique au jour où il avait été créé. Continuer la lecture

Bleu steppe

Les yeux bleus comme l’eau qui vient frapper une armée faite d’innombrables grains de sable fin, une eau propre, une eau qui fait le tour d’une île inconnue de tous, un bout de terre perdu au milieu d’un océan trop grand , trop fort, trop beau pour qu’on ait osé un jour s’y aventurer. Le bleu de ses yeux me transperçait, je décidais de m’arrêter, de parler, de prendre le temps de discuter.
Je commençais par m’agenouiller puis frottais ma cigarette à ses pieds, sur le bitume séché. Sans rien dire, je m’asseyais, comme lui, les jambes en tailleur. Un peu surpris, il prenait le temps de me regarder de la tête aux pieds, comme pour s’assurer que je n’étais pas un danger, que je ne venais pas troubler sa tranquillité. Continuer la lecture

Armistice

Fatigué. J’étais fatigué.
Les tranchées m’avaient épuisé, mes paupières n’avaient besoin d’aucune aide pour se fermer. Les semelles usées et cachées par la boue qui s’y était incrustée, je traînais les pieds. Heureux que tout cela se termine, machinalement mes pas se succédaient jusqu’à ce que nous l’apercevions. Enfin, nous y étions. Le camp de ralliement était à quelques centaines de mètres. Soulagés, nous nous relâchions et laissions s’évaporer les souvenirs noirs et grisâtres de ce qu’une patrie nous avait infligé durant ces deux dernières années. Nous, c’était mes amis et moi, mes frères soldats, mes amis blessés, mes amis amputés à jamais de leur humanité. Nous avions tué et savions que jamais nous pourrions nous en relever. Continuer la lecture