Archives mensuelles : mai 2014

Le diable s’habille chez Jeanne

Il y a un an, le mensonge comme épiderme, un grain de beauté masquant tout le reste, le diable se déguisait en femme.

Elle se dirigeait vers moi, me tenait la main puis me prenait dans ses bras. Je venais d’apprendre une mauvaise nouvelle, de celles qui appartiennent au hasard, aux mauvaises pioches. Comme elle s’était levée à mes côtés, je laissais perler quelques larmes sur son épaule tatouée d’un noir qui portait le synonyme de son âme.
Le malheur avait frappé, au hasard, sans même que nous ayons pu nous y préparer. Fébrile, je continuais à pleurer. Fébrile, je donnais ma confiance à cette fille. Fébrile, je me trompais. Continuer la lecture

Un coeur à l’ombre, partie II

Il y avait ce jeune garçon devant moi.  Je lui faisais la leçon. Non, il n’avait pas le droit de reprendre ce qu’il avait donné. Il avait, après avoir gravé le prénom de celle qu’il croyait aimer sur un tronc d’arbre déjà trop vieux pour s’en plaindre, décidé de prêter son cœur. Il ignorait alors que la petite fille dépourvue de cœur allait le maltraiter, le piétiner et vouloir le garder.
Il était venu me voir pour essayer de le récupérer mais je ne pouvais le faire espérer. Moi, le sage du village, seul, isolé,  perché sur ma colline avec ma maison faite de chaux et entourée de vergers où le soleil venait se reposer. Je pouvais changer la nature mais pour les hommes, je ne pouvais rien.  S’il avait donné, c’est qu’il pensait qu’elle méritait. Il me répondait à chaque fois qu’il pensait que son prénom était vérité. Il s’était trompé. Elle n’avait pas de prénom, c’était une petite fille sans ombre. Continuer la lecture

Un coeur à l’ombre, partie I

C’était l’histoire d’une fille. Depuis toute petite, elle avait grandi dans un pays étrange, un pays où les habitants n’avaient pas de cœur. Ces gens-là vivaient d’air sale et d’eau noire.
Les ruelles étaient sombres, dégueulasses, les maisons n’avaient pas de fenêtre. Des murs grisâtres coulaient des larmes. La pluie ne s’arrêtait jamais. On disait qu’elle avait fait disparaître toute couleur, que les peaux grises des habitants étaient le fruit de cette pluie incessante. La végétation se résumait à de la mauvaise herbe, celle qui pique, qui fait mal quand on la touche. Quand on l’approchait, elle se rétractait et disparaissait. Trop naturelle pour un milieu hostile à elle. Continuer la lecture

Comme un caillou dans la chaussure

Mon crâne venait heurter ce qui semblait être un rocher, puis, mes longs cheveux s’imprégnaient d’une dégueulasse pellicule de sable fin et mouillé. Mon corps restait là, échoué, sur une plage où personne ne viendrait me chercher.
Fatigué, épuisé, je m’endormais avec la moitié de mon visage fouettée par le va-et-vient des vagues qui s’en allaient à mesure que j’arrivais.

Plus tard, la gueule maquillée par le sel, je me réveillais puis me demandais. Sans trouver, je réfléchissais, m’efforçais pour savoir où j’étais. Puis, tout en m’essuyant les lèvres, je me rappelais.
Misère, je n’y croyais pas.
Comment allais-je me sortir de ce merdier ? J’suis pas Crusoé moi… Continuer la lecture

Humeur cancérigène

On aurait dit que tout ça n’était qu’un vague souvenir. Le temps que l’œil cligne, j’avais déjà volontairement presque tout oublié de ma putain d’existence.
Rien ne s’était passé, je  m’en convainquais. Cataclysme mémoriel. Intrinsèquement parlant, c’est un peu comme si j’avais dû subir une vasectomie et que mes couilles étaient venues remplacer mon cerveau. Je n’ai plus goût à  rien, je me penche sur mes souvenirs comme on plonge la tête dans le vide sans jamais autoriser le reste du corps à l’y rejoindre parce-que la vie nous donne le vertige.

Un pas, puis deux. Je m’écroulais. Continuer la lecture